A propos
Le fantôme Analphabet habite les lieux de cruising et de rencontres gays. Il apparaît sur scène en racontant des histoires, comme celle de deux amants qui se disputent au coucher du soleil, pour qui il imagine chanter des chansons. Marica andaluza (« pédale andalouse »), c’est ainsi qu’Alberto Cortés s’autoqualifie, ce qui éclaire la perspective décalée depuis laquelle il a développé son langage singulier. Dans une prose envoûtante, Cortés nous raconte l’histoire de ce fantôme qu’il façonne comme un personnage qui soigne les relations toxiques. Puisant dans sa propre expérience, il revendique ici pleinement le qualificatif « irrationnel » ayant un jour servi à l’insulter. Il s’inspire de La decadencia del analfabetismo de José Bergamín pour critiquer une société qui sacrifie les poètes au profit de l’ordre rationnel où tout serait éclairé, organisé, lisible et figé, comme l’alphabet. Sur scène, accompagné de la violoniste Luz Prado, Cortés est magnétique ; son corps vibre, les mots coulent en lui comme du sang, comme les phrases d’un poème, comme les hommes dans les bois, la nuit. Du cruising à la poésie, Analphabet cherche à sauver un monde perpétuellement menacé par un excès de lumière. Peut-être n’y a-t-il pas de mots, pas assez de lettres, pour décrire une nuit qui enserre la promesse d’une expérience inoubliable.